Jour du dépassement de la Terre

Avez-vous déjà entendu parler du « jour du dépassement de la Terre » ? Selon l’ONG Global Footprint Network (GFN), depuis le 29 juillet 2019, l’humanité a consommé la totalité des ressources que la planète est capable de renouveler en une année. Autrement dit, l’humanité consomme 1,75 fois plus rapidement les ressources que ce que la nature peut renouveler en un an. Dans cet article, nous allons tenter de comprendre et d’analyser cet indicateur.


Jour du dépassement mondial

Comme nous l’avons évoqué un petit peu plus haut, le 29 juillet 2019 sonne le jour où l’humanité a consommé plus que ce que la Terre peut renouveler en une année. Afin de mieux comprendre ce que représente le jour du dépassement, imaginez la situation suivante : Vous avez 20 000€ sur votre compte en banque, un salaire de 1500€ et vous dépensez 4500€ par mois. En un petit peu moins de 7 mois, vous aurez consommé la totalité de votre capital. Un tel mode de vie conduit inéluctablement à la précarité…

Revenons-en à notre planète. Pour subvenir à notre mode de vie actuel sans pour autant vivre à crédit, il faudrait environ 1,75 planètes et jusqu’à preuve du contraire, ceci est tout bonnement impossible… Plus grave encore ? Chaque année, ce jour arrive un petit peu plus tôt. Selon la méthode la plus récente de Global Footprint Network (dont la méthode de calcul est affinée chaque année), voici l’évolution de cette date :

  • 1971 : 24 décembre
  • 1980 : 5 novembre
  • 1990 : 13 Octobre
  • 2000 : 25 Septembre
  • 2010 : 14 aout
  • 2019 : 29 juillet

Nous sommes de plus en plus nombreux sur Terre et notre mode de vie actuel demande une grande quantité de ressources… Il n’est donc pas étonnant de voir le jour du dépassement évoluer de la sorte.

Avant d’aller plus loin

Avant de poursuivre cet article, j’aimerais que vous participiez en prenant un petit instant pour réfléchir aux questions suivantes :

  • Nous avons vu qu’il fallait 1,75 planètes pour subvenir aux besoins de l’humanité. Mais qu’en serait-il si tout le monde vivait comme nous le faisons en France (un petit indice : le jour du dépassement de l’Europe est le 10 mai) ?
  • A votre avis, comment cette date est-elle calculée ?
  • Quel est votre avis sur cet indicateur ?

Les réponses seront données au fil de l’article. N’hésitez pas à partager vos réponses dans l’espace commentaires pour alimenter le débat =)

Qu’est-ce que le jour du dépassement ?

Avant de s’attarder plus en détail sur la méthode de calcul du jour du dépassement, commençons par définir proprement cet indicateur. Voici la définition donnée par GFN:

« Chaque année, GFN calcul la date du Jour du Dépassement Mondial en comparant la consommation annuelle de l’humanité en ressources écologiques (Empreinte Ecologique) à la capacité de régénération de la Terre (biocapacité). »

Pour être un petit peu plus précis, l’empreinte écologique (EE) rend compte de la surface nécessaire pour répondre à la demande annuelle de l’humanité. Cette demande prend en compte l’espace dont nous avons besoin pour produire nos matières premières, mais également l’espace nécessaire pour stocker nos déchets. Cet indicateur prend en compte les importations et les exportations d’un pays et se calcul comme suit :

Calcul empreinte ecologique

La biocapacité quant à elle, représente simplement l’espace réellement disponible. Il y a toutefois une petite subtilité qui a son importance. On ne parle pas simplement d’une surface au sens propre du terme. La biocapacité représente une surface biologiquement productive. Autrement dit, les surfaces disponibles sont recalées proportionnellement à la productivité de cette surface. Cet indicateur est exprimé en hectares globaux.

Pour vous donner un exemple concret, la forêt amazonienne possède une biocapacité bien plus importante que celle du désert du Sahara. Pourtant, si l’on compare les superficies à proprement parler, le désert est plus grand : 9,2 millions de km2 contre 5,5 millions de km2. Toutefois, les terres de la forêt Amazonienne sont beaucoup plus « productives » biologiquement parlant.

Je pense que nous avons bien résumé ce qu’est le jour du dépassement. Pour plus d’informations, je vous invite à vous rendre sur le site de Global Footprint Network.

Comment la date du dépassement est-elle calculée ?

Si vous avez bien compris tout ce que nous venons de voir, alors vous devriez déjà avoir votre petite idée du calcul réalisé. Il s’agit tout simplement du rapport entre la biocapacité et l’empreinte écologique :

Calcul jour du dépassement

Si notre empreinte écologique est supérieure à la biocapacité de la planète, alors le jour du dépassement arrivera avant le 31 Décembre. Plutôt simple à comprendre =)

Comment l’empreinte écologique est-elle estimée ?

Nous avons précédemment vu que l’empreinte écologique rendait compte de l’espace nécessaire pour produire nos matières premières et stocker nos déchets. C’est bien beau tout cela, mais comment procède GFN pour faire cette estimation ?

Commençons par le commencement : toutes les données nécessaires au calcul sont fournies par les compte nationaux de l’empreinte écologique et de la biocapacité (NFA). Plus de 200 pays sont ainsi analysés.

Ensuite, pour rendre compte de la demande de l’humanité, GFN distingue 6 types d’empreintes écologiques :

  • L’Emprunte culture correspond à la demande en terre nécessaire à la production agricole.
  • L’Emprunte pâturage correspond la demande en terre nécessaires à l’élevage du bétail.
  • L’Emprunte produits forestiers désigne la demande en forêts pour la production du bois de consommation (chauffage, habitations, meubles, Etc.)
  • L’Emprunte zone de pêche correspond la demande en écosystèmes aquatiques nécessaires à la production annuelle.
  • L’Emprunte espaces bâtis désigne les zones biologiquement productives recouvertes par les infrastructures (transports, logements, structures industrielles, Etc.)
  • L’Emprunte carbone correspond à la surface forestière nécessaires au stockage des émissions carbones (non absorbées par les océans). Ces émissions carbones sont principalement dues à la combustion des énergies fossiles et de la production de ciment.

Ces 6 empreintes (également exprimées en hectares globaux) sont ensuite additionnées et comparées à la biocapacité de la planète.

Maintenant que vous savez comment le jour du dépassement est calculé, essayons d’analyser quelques résultats.

Quelques résultats

Avant de rentrer dans le vif du sujet, sachez que les données de Global Footprint Network sont accessibles sur leur site internet. Vous pouvez donc vous aussi télécharger ces données pour faire votre propre analyse.

Evolution de la biocapacité et de l’empreinte écologique

La courbe ci-dessous présente l’évolution de la biocapacité et de l’empreinte écologique entre 1961 et 2016 :

Biocapacité Empreinte écologique mondiale

Evolution de la biocapacité et de l’empreinte écologique, Global Footprint Network

Si l’on en croit ce graphique, c’est en 1971 que le jour du dépassement de la Terre est subvenu pour la première fois. Depuis, notre empreinte écologique n’a cessé d’augmenter… Aujourd’hui, notre mode de consommation est tel que nous aurions besoin d’avoir 1,75 planète. En 2019, le jour du dépassement est tombé le 29 juillet. L’augmentation de l’empreinte écologique est bien évidemment fortement corrélée à l’évolution de la démographie. Mais est-ce la seule raison ? Nous verrons cela un petit peu plus bas.

Si la progression de notre empreinte écologique ne présente en soit pas une grande surprise, celle de la biocapacité en revanche demande plus de réflexion. D’un premier abord, cette progression est assez perturbante puisque nous vivons toujours sur la même et unique planète depuis 1961. De ce fait, on pourrait penser que la biocapacité devrait être constante d’une année sur l’autre. Mais rappelez-vous, la biocapacité est exprimée en hectares globaux. Autrement dit, la productivité biologique est prise en compte. En fonction du climat, de la production des matières premières et de la gestion de ces dernières, la biocapacité exprimée en hectares globaux peut donc varier d’une année à l’autre. Selon moi, la principale cause de cette évolution résiderait dans l’augmentation du rendement des cultures (mais à quel prix ? Quelles seront les conséquences de l’emploi massif des pesticides dans les prochaines années ? C’est un autre sujet dont nous reparlerons dans un autre article).

Evolution de la BioCap et de l’EE par personne

La courbe ci-dessous présente l’évolution de la biocapacité par personne et de l’empreinte écologique par personne. En soit, ce sont les mêmes résultats que précédemment, mais cette fois-ci, divisés par le nombre d’habitants de la Terre.

Biocapacité empreinte ecologique par personne

Evolution par personne de la biocapacité et de l’empreinte écologique, Global Footprint Network

Ces données sont très intéressantes car elles permettent de s’affranchir de l’évolution du nombre d’habitants sur la planète. L’unité observée ici est « l’hectares globaux par personne ». Comme l’on pouvait s’y attendre, la biocapacité par personne a fortement diminuée entre 1961 et 2016 puisque le nombre de personnes vivantes sur terre a fortement augmenté.

Plus surprenant en revanche, l’empreinte écologique par personne est restée sensiblement constante depuis 1970. A votre avis, comment pouvons-nous expliquer cette tendance ? En ce qui me concerne, j’envisage deux hypothèses. D’une part, je pense que l’humanité n’a jamais autant consommé que lors de ces dernières années. En revanche, nos technologies ont bien évoluées et sont devenues plus efficientes. L’amélioration de nos technologies aurait donc compensé l’augmentation de notre consommation.

D’autre part, je me pose la question suivante : que valent réellement les données recueillies entre les années 70 et les années 2000 ? Est-on réellement certains des chiffres publiés ? Nous aurons l’occasion de revenir sur ce point très prochainement.

Si vous ne deviez retenir qu’un élément de cette courbe, et bien ce serait celui-ci : chaque année nous sommes de plus en plus nombreux sur Terre, de ce fait, la biocapacité disponible par nombre d’habitant ne cesse de diminuer. Il n’est donc plus possible de continuer de vivre sans se soucier des conséquences de notre mode de consommation.

Contributions des 6 empreintes écologiques

Pour parfaire notre analyse, analysons une dernière courbe présentée par GFN. Cette dernière détaille les contributions des 6 empreintes écologiques évoquées précédemment (et tout cela en nombre de planètes requises).

Evolution des 6 empreintes écologiques

Empreintes écologiques par types de surfaces, Global Footprint Network

En regardant ce graphique, le constat est assez flagrant. Aujourd’hui notre déficit écologique provient majoritairement de nos émissions de carbone dans l’atmosphère. En 2016, elles représentaient plus de 60% de notre empreinte écologique, c’est énorme. Si nous arrivions à diviser par 3 nos émissions de carbone, alors nous serions très proche de retrouver un équilibre durable (mais bien entendu, c’est plus facile à dire qu’à faire).

Autre fait notable : derrière l’empreinte carbone, c’est l’empreinte culture qui a subi la plus forte progression depuis 1961.

Je pense qu’avec tous ces éléments, nous avons déjà bien analysé notre bilan écologique. Bien évidemment, il est possible de pousser encore plus l’analyse, mais l’article n’en serait que plus long et plus compliqué. Je vous invite donc à partager votre propre analyse (ou vos éventuelles questions) dans l’espace dédié aux commentaires =)

Attention !!

Je tiens à préciser une chose très importante suite à cette dernière analyse ! Ce n’est pas parce que l’empreinte carbone est la plus importante que nous devrions nous préoccuper uniquement de celle-ci.

En effet, il n’est plus possible de continuer à piller nos océans de la sorte, il n’est plus possible de détruire nos espaces forestiers au profit des mines d’or, du pétrole et de la monoculture. Il n’est pas non plus possible de continuer à gaspiller notre production agricole et plus généralement nos ressources. Alors, oui diminuons nos émissions de gaz à effet de serre, mais pas seulement.

Ou en sommes-nous on France ?

Attardons-nous maintenant quelques instants sur le cas de la France. Avez-vous déjà entendu ce genre de réflexion dans votre quotidien ?

  • « Les français ne sont pas responsables de la pollution dans le monde »
  • « Ce sont les Américains et les Chinois qui devraient faire des efforts pour la planète »
  • « A notre échelle nous ne pouvons rien faire »
  • J’en passe et des meilleures (d’ailleurs n’hésitez pas à partager vos plus belles trouvailles avec nous).

Ok, nous ne sommes pas les plus gros pollueurs de la planète à proprement parler. Mais rappelons que nous ne sommes que 67 millions en France, ce qui, à l’échelle de l’humanité, ne pèse pas bien lourd dans la balance.

Pourtant en élargissant l’empreinte écologique de la France à l’échelle de la population mondiale, puis en la comparant à la biocapacité de la Terre, GFN a estimé qu’il faudrait 2,9 planètes si tout le monde vivait comme le faisons en France. Le jour du dépassement interviendrait alors le 5 mai.

Aujourd’hui, le logement, le transport et l’alimentation constituent plus des deux tiers de notre empreinte écologique. Ce sont donc les trois piliers sur lesquels nous devons intervenir en priorité. 

Nous sommes donc pleinement concernés par le dérèglement climatique et il est grand temps d’agir !

Si vous souhaitez obtenir plus d’informations sur le jour du dépassement de la France, je vous invite à consulter le rapport « L’autre déficit de la France » publiée par le WWF et Global Footprint Network en mai 2018.

Que penser du jour du dépassement ?

Le jour du dépassement calculé par GFN possède une qualité inégalée : cet indicateur a le pouvoir de faire parler de lui et surtout de faire réagir le monde entier ! Qui n’a jamais entendu parlé de cet indicateur ?? Les médias et les politiques du monde entier s’en sont emparés et c’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à m’y intéresser de plus près.

Pour ma part, je trouve cet indicateur intéressant pour plusieurs raisons :

  • Comme évoqué un peu plus haut, cet indicateur a le pouvoir de faire réagir ;
  • Il est facile à comprendre ;
  • Le jour du dépassement s’avère être un outil intéressant lorsque l’on souhaite comparer l’impact écologique de différents pays ;
  • Il est également pratique pour analyser l’évolution de notre empreinte écologique ;
  • Sur leur site internet, GFN propose un simulateur (http://www.footprintcalculator.org) permettant de calculer votre jour du dépassement personnel. Il est alors possible de se situer personnellement par rapport au monde entier. Grâce à ce calculateur, vous pourrez identifier les secteurs dans lesquels vous pouvez et devez faire des efforts si vous souhaitez améliorer votre impact écologique.

Mais…

Comme tout indicateur, celui-ci possède ses limites. Beaucoup de paramètres ne sont pas pris en compte dans les calculs. Et c’est normal, toute la difficulté est de pouvoir fournir un indicateur à la fois précis, facile à comprendre et facile à utiliser.

Scientifiquement parlant, il est pour moi bien difficile d’accorder une totale crédibilité à cette date (ou ce nombre de planètes). Le sujet est bien trop complexe pour pouvoir tout résumer en une seule valeur.

Pour celles et ceux que cela intéresse, je vais prochainement écrire un article détaillant plus précisément quelles sont pour moi, les limites du jour du dépassement.

Cet article est maintenant terminé. Je vous remercie pour votre attention. Si vous avez des questions ou des remarques, n’hésitez pas à les poser en commentaires. Et surtout, pensez à partager cet article au maximum pour faire évoluer les mentalités =)

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